Réinfections à la Covid-19 : Génétique ou fragilité immunitaire en cause ?

Ceux qui ont déjà été infectés par la Covid-19 et qui en sont guéris pensaient être tirés d’affaire mais le virus avec toutes les surprises qu’il nous réserve semble prouver le contraire.

Selon une étude publiée dans Clinical Infectious Diseases, un patient a été infecté à deux reprises, en l’espace de 142 jours. Bien qu’il fut asymptomatique la deuxième fois, ce cas a été déterminé grâce à l’analyse du génome viral contenu dans les prélèvements réalisés lors de la première et de la deuxième infection, et à leur comparaison avec les séquences de SARS-CoV-2. Il s’est avéré qu’il s’agissait de deux souches différentes et que le patient avait été infecté par deux formes génétiques différentes du virus.

The Lancet Infectious Diseases, rapporte aussi des cas de réinfection avérés et cite celui de ce jeune homme de 25 ans résidant au Nevada qui, après avoir été infecté une première fois par le coronavirus nouveau, a dû être hospitalisé pour détresse respiratoire associée à la Covid-19, 48 jours seulement après sa guérison de la première infection qui était, elle, beaucoup moins sévère que la seconde.

La même revue scientifique fait état de quatre autres cas similaires en Equateur, à Hong Kong, en Belgique et aux Pays-Bas. Jusqu’à la date du 15 octobre 2020, on parle d’une vingtaine de cas de « réinfection » signalés dans le monde. Toutefois, les scientifiques qui continuent de recouper des informations parcellaires se demandent s’il s’agit bien d’une seconde infection et pas du même virus qui se réactive, après quelques jours de répit.
Pour avoir cette certitude, The Lancet estime qu’« il faut pouvoir prouver par analyses génétiques que la seconde infection est causée par une souche virale légèrement différente de la première pour s’assurer qu’il ne s’agit pas du même agent pathogène. Or, rares sont les patients dont le virus a été entièrement séquencé la première fois » ?
Quoi qu’il en soit, les chercheurs pour mieux démêler l’écheveau, vont se pencher davantage sur ces cas pour tenter de déterminer si c’est la génétique ou la fragilité immunitaire qui est en cause ? Ou encore, si ces réinfections ne seraient pas liées à la mutation du virus ?

D’après Erling Rud, spécialiste en virologie et professeur au département des sciences de la santé à l’Université Carleton, au Canada « cette situation n’est pas unique : nous sommes tous exposés aux virus du rhume, dont font partie certains coronavirus. Bien que ces infections soient très répandues, il semble que toute immunité induite contre ces coronavirus soit de courte durée, puisque nous sommes régulièrement réinfectés. Cela remet en question la logique et l’éthique de certains pays qui tentent d’induire une « immunité collective » en permettant au SARS-CoV-2 de se propager sans entrave à l’ensemble de la population ».
Depuis l’apparition de cette pandémie, les chercheurs du monde entier se sont engagés dans une course contre la montre pour percer les secrets de ce terrible virus. Suivant avec attention les marqueurs de la réponse immunitaire chez les personnes infectées, dosant notamment les anticorps et évaluant leur persistance dans le temps.

A ce titre, plusieurs recherches suggèrent que même si elle est partielle, une réponse immunitaire se met en place après un premier contact avec le virus. Reste à déterminer combien de temps peut durer cette immunité au SARS-CoV-2.
Les résultats actuels sont assez variables. Selon certaines études, le taux d’anticorps persiste entre 2 à 7 mois. Une étude menée à l’Université de Toronto et publiée récemment dans les colonnes de Science Immunology démontre une persistance d’au moins 3 mois dans le sang et la salive.

Les chercheurs ne baissent pas les bras et continuent à étudier minutieusement ce virus. Parmi ces études, figure celle de l’Université d’Ottawa visant à recruter 500 personnes ayant eu la maladie et 500 personnes à risque (professionnels de la santé, enseignants, etc), et suivre leur réponse immunitaire dès la survenue de l’infection.
Il va sans dire que les essais vaccinaux actuellement en cours permettront sans doute d’y voir plus clair en ouvrant la voie « à une caractérisation plus précise de la réponse immunitaire au Covid-19 et du phénomène de réinfection, notamment en identifiant les profils qui y sont le plus susceptibles et pour quelles raisons ».

Kamir B.

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