Quelles vérités sur les varices des membres inférieurs ?

Les varices des membres inférieurs sont extrêmement fréquentes et d’une cause largement héréditaire. Elles constituent une maladie très bénigne, ne présentant aucune gravité et la personne qui les porte peut vivre normalement sans craintes .Elles peuvent parfois, mais pas obligatoirement, se compliquer d’un ulcère de jambe (plaie douloureuse de la peau de la jambe), des hémorragies par rupture de varices et par la formation de caillots dans les paquets variqueux. Des complications locales, qui ne menacent en aucun cas la vie du patient.

Comment sont traitées les varices des membres inférieurs .Tout d’abord, en dehors de certains médicaments qui contiennent des vitamines et qui peuvent diminuer l’intensité des lourdeurs de jambe, les médicaments, dit phlébotoniques sont inutiles.

Ce sont des placebos. Aucune étude sérieuse, non dirigée, n’a prouvé leur efficacité. Ils sont prescrits uniquement pour remplir une ordonnance. Le seul moyen efficace pour soulager les symptômes est le port d’un bas de contention bien adapté et accepté par le patient. Le bas de contention ne fait pas disparaitre les varices mais diminue la pression sur les jambes. Pour les faire disparaitre, il faut utiliser une méthode invasive, détruisant les veines malades : chirurgie classique (stripping), thermiques (laser, radiofréquence et vapeur) chimiques (injection de colle et sclérose à la mousse).

Aucune de ces techniques n’est miraculeuse. Et aucune n’est à risque nul. Le choix de la technique est peu important. Ce qui est fondamental c’est de se poser la question : en supprimer ces veines malades, règle t-on tous les problèmes inhérents à ces varices ? Quand une femme insiste car elle a un gros souci esthétique, l’indication se justifie mais chez une femme qui n’est plus désireuse d’avoir des grossesses. Une grossesse après une suppression des varices et à l’origine constante de grosses récidives complexes. Les contraceptifs ne sont pas contre-indiqués chez les femmes avec des varices non compliquées .Pour les patients qui souffrent beaucoup de lourdeur de jambes et qui ont de grosses varices, l’indication se justifie chez eux mais n’est pas obligatoire.

En revanche, faire peur aux patients, leur disant que les varices peuvent être à l’origine de formation de caillots qui « montent au cœur »(embolie pulmonaire) et qu’il faudrait opérer en urgence alors que ces patients portent ces varices souvent depuis de très longues années, est une contre-vérité et une fausse information. Il n’y a pas plus d’embolie pulmonaire chez les patients qui ont des varices par rapport à ceux qui n’ont en pas. Instrumentaliser la peur des patients pour les amener à se faire opérer n’est pas responsable.

Les varices constituent actuellement, un véritable commerce même dans les pays européens. C’est regrettable. Les seules indications formelles nécessitant la suppression des varices, ce sont les troubles trophiques de la jambe et les hémorragies par rupture de varices. Et même pour ces complications locales, l’indication n’est en aucun cas urgente. Une hémorragie variqueuse, parfois impressionnante, se traite initialement simplement par une surélévation du membre et une compression par bas. L’ablation se fera secondairement, à froid, afin d’éviter les récidives hémorragiques.

Enfin, parfois lorsque les veines variqueuses ne sont pas très dilatées, il serait plus judicieux de les préserver car ces veines peuvent servir, à un certain moment de la vie du patient, à remplacer des artères malades (la maladie des artères étant de loin plus grave que les varices).

Le conseil qui est donné au patient avec des varices est de pas s’effrayer et d’aller consulter un spécialiste qui lui seul pourra lui prodiguer les soins les plus adaptées en fonction de sa spécificité

 

Professeur Bouayed Mohamed Nadjib, Professeur en chirurgie vasculaire
-Ancien Chef de service de chirurgie vasculaire Etablissement Hospitalo- Universitaire d’Oran
-Membre de l’Académie Française de Chirurgie
-Président de l’Association de Chirurgie Vasculaire d’Oran (ACVO)