Pr Reda Malek Hamidi (CHU Beni Messous) : « Le service réanimation est saturé. Protégez-vous du virus ! »

C’est en chef de service de réanimation à la fois excédé,en colère et très inquiet que le professeur Reda Malek Hamidi s’est adressé aux Algérien via le canal du journal électronique Esseha. Et il y a de quoi être ainsi en ces temps pandémiques très critiques.

Le professeur reda Malek Hamidi, chef de service réanimation au CHU de Beni Messous dresse d’emblée le constat amer de sa structure. « Nous sommes confrontés au problème de gestion des malades qui arrivent de plus en plus dans les structures hospitalières, notamment au service réanimation. De plus en plus, les contaminés présentent des formes graves qui nécessitent hospitalisation et évidemment prise en charge au niveau de la réanimation .Or le service de réanimation est dépassé, le personnel soignant est fatigué et il n’ y pas plus de lits pour prendre en charge ces malades ».

Le professeur révèle que le service de réanimation de Beni Messous dispose de 12 lits en plus de 8 lits au niveau du déchoquage  et que tous ces lits sont saturés.

« De nouveaux malades affluent au niveau du tri qui se fait aux urgences médicales, et qui ont aussi besoin d’oxygénothérapie et de thérapie ventilatoire. Nous avions dès le début une stratégie de multiplier les lits et vu la saturation ,nous avons même placé des malades graves dans d’autres services conventionnels tels que la médecine interne, la gastro, l’ORL ou l’endocrino mais le personnel de ces services n’est pas qualifié pour ce genre de thérapies. Nous essayons de travailler avec eux en étroite collaboration pour le bien des malades. Tous ça rend la situation dramatique d’autant que le problème est d’ordre logistique du fait qu’il n’y a pas de lits de réanimation, et le personnel médical et soignant est très fatigué après 9 mois de travail sans répit. Et c’est probablement à cause de la fatigue qu’il y a eu relâchement qui a impacté sur la contamination du personnel », dit-il

La moyenne d’âge des cas contaminés graves qui était de plus de 70 ans tourne aujourd’hui autour de 55-60 ans, révèle le chef de service de réanimation. «Ces trois dernières semaines, les malades jeunes qui arrivent n’ont pas de comorbidité et ne présentent aucune maladie sous-jacentes», dit-il .

Le professeur explique que les malades hospitalisés ne reçoivent que des traitements symptomatiques et non curatifs. La seule chose que peut faire le personnel soignant est de donner des médicaments pour soulager le patient et surtout garantir une oxygénation adéquate et optimisée . « Le seul traitement reste la prévention », martèle le professeur.

Après avoir adressé un message d’encouragement à ses confrères et collègues les incitant à s’armer de patience durant cette guerre de longue halène qui vient de commencer, le professeur Reda Malek Hamidi exhorte les citoyens à respecter les mesures de prévention. Son cri s’oriente beaucoup plus aux personnes qui pensent résister bien au virus, en leur expliquant qu’en faisant fi des mesures barrières, ils deviennent des vecteurs de virus vers leurs parents qui ne sont pas nécessairement aussi forts et résistants qu’eux. « Pensez, vous qui êtes résistants au virus, à vos parents qui sont fragiles. Si ils tombent malades, il n’y a pas où les prendre en charge. Les services de réanimation sont saturés et les places sont quasiment introuvables dans les hôpitaux. Dorénavant, vous n’avez que deux choix : respecter les mesures barrières et protéger vos parents, ou jouer l’indifférence et contaminer vos parents qui ne trouveront malheureusement pas où se faire prendre en charge », alerte le professeur sur un ton grave.

Nora S.

 

 

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