Pr Mourad Kastali : « Nous avons un seul centre et deux générateurs de dialyse pour les insuffisants rénaux »

 La prise en charge des patients atteints du Covid-19 s’est imposée comme une priorité absolue dès l’enregistrement des premiers cas, et cela au niveau de tous les hôpitaux du pays. Mais l’insuffisance en matière d’infrastructures hospitalières et le manque de moyens ont fait que les malades souffrant d’autres pathologies soient en quelque sorte sacrifiés, l’ensemble des services étant réservés à la lutte contre le nouveau Coronavirus, de même que le personnel soignant. Aujourd’hui, ces malades crient leur désespoir, un cri relayé par l’appel des médecins qui craignent que l’état de leurs patients ait empiré.

Dans cet EHS de Blida dédié à la transplantation d’organes et tissus, peu d’insuffisants rénaux peuvent désormais y être dialysés et les malades ayant subi une transplantation n’y ont pas subi de contrôle. Pr Mourad Kastali, chef de service de néphrologie, dialyse et transplantation rénale au sein de cet établissement, fait part de son inquiétude dans une interview à notre journal en ligne Esseha.com face à la détresse des insuffisants rénaux, en raison du déficit en centres de dialyse.

« Nous sommes entrain de gérer, depuis mars jusqu’à aujourd’hui l’infection Covid-19, et comme vous le savez, c’est le seul centre de néphrologie de la wilaya de Blida et même de la région, surtout la région ouest d’Alger. Comme c’est le seul centre d’hémodialyse étatique de la wilaya de Blida, nous sommes donc entrain de récupérer tous les malades insuffisants rénaux qui n’ont pas d’autres pathologies. Ceux-ci sont dialysés dans d’autres centres d’hémodialyse privés et sont malheureusement atteints de l’infection Covid 19 ».

Le problème qui se pose, comme le souligne Pr Kastali, c’est le manque de structures dédiées à l’épuration du sang pour les insuffisants rénaux. « Jusqu’à aujourd’hui, nous sommes à 28 malades et c’est le seul service qui les draine. Cela nous pose énormément de problèmes dans leur prise en charge puisque nous avons réservé uniquement deux générateurs de dialyse pour ces malades. Nous sommes parfois obligés de faire jusqu’à cinq branchements par jour à raison de 10 malades/jour et cela nous pose beaucoup de problèmes ».

Le souhait de ce spécialiste, c’est que les autorités locales puissent créer d’autres structures afin d’atténuer la souffrance des malades et d’alléger le poids supporté par cet unique centre. « Je souhaiterais que la wilaya de Blida dispense d’autres centres étatiques qui puissent soulager notre centre et prendre en charge les malades des urgences. Aujourd’hui, je viens de passer, nous avons quatre urgences, quatre nouveaux malades plus deux malades qui sont Covid positifs et cela nous pose énormément de problèmes ».

Pr Kastali évoque également la question des patients qui ont subi une transplantation et que la situation liée au nouveau Coronavirus a empêché de bénéficier d’un suivi. « Nous avons des transplantés rénaux opérés depuis le 15 mars pratiquement que nous ne pouvons pas voir, et les malades de néphrologie que nous ne pouvons pas prendre en charge actuellement. Nous sommes entrain de les diriger vers d’autres centres de néphrologie hors de notre wilaya, surtout ceux de la capitale qui nous aident malgré les problèmes auxquels ils sont confrontés ». Il espère que cette pandémie se dissipe et qu’il n’y ait pas d’autres cas qui la renforceraient et prolongeraient cette période de confinement. « Je souhaite que notre population soit digne des sacrifices que le personnel soignant a fait jusqu’à présent ». Cela passe par le port de masques, le respect de la distanciation sociale et le lavage fréquent des mains, rappelle-t-il.

Rachida Merkouche

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