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Pr Madjid Tabti : « Pour le personnel de santé, chaque minute est un rendez-vous raté avec la mort »

Dans une nouvelle interview accordée à Esseha.com, le Pr Madjid Tabti, chef de service pédopsychiatrie à l’hôpital Mahfoud Boucebci- Cheraga, revient sur la situation sanitaire qui prévaut actuellement en Algérie, une situation « alarmante » où l’on déplore quotidiennement des victimes y compris au sein du personnel de santé. « Cela fait presque 5 mois depuis le début de la pandémie qui a frappé l’Algérie et le reste du monde. 5 mois de fatigue, surtout pour le corps de santé et là, je tiens à m’incliner à la mémoire de tous ceux qui sont décédés de cette Covid-19, en accomplissant leur devoir. Les victimes se multiplient chaque jour. Pourquoi ? Parce que le nombre de patients est lui aussi en constante augmentation. Face à cette situation de stress et de fatigue, beaucoup de médecins ne peuvent plus faire face d’où un certain relâchement qui les rend vulnérables face au virus », a déploré le Pr Tabti.
Tout en signalant que le pic des contaminations atteint ces derniers jours est «très dangereux pour la société surtout que nous sommes en pleine saison estivale », le Pr Abdelmadjid Tabti a fait savoir que « s’il n’y a pas de prise de conscience des citoyens, où irons-nous comme ça ? Ce n’est plus possible, le personnel de santé est en train de faire un burn-out, surtout quand on sait que ceux qui sont sur le front Covid-19 n’auront pas droit à plus d’une semaine de congé. Ce sont des êtres humains, qui ont des familles. Je tiens d’ailleurs à leur rendre hommage, ils prennent des risques au quotidien. Chaque minute est un rendez-vous raté avec la mort » et d’ajouter : « à chaque fois que j’entends ou que je vois les photos des confrères décédés, j’ai mal car je me dis que le prochain, ce sera peut-être moi, ou encore un autre confrère…Donc j’adresse un encouragement personnel à tous nos confrères et consoeurs qui sont aujourd’hui au front ». Déplorant, par ailleurs, l’insouciance des gens qui sortent « sans bavettes, sans respect des gestes barrières », tandis que médecins, infirmiers et personnel médical « se sacrifient », le Pr Tabti a confié que « cela ne nous encourage pas du tout. Nous ne demandons rien, nous demandons seulement à ce que les gens fassent preuve de bons sens. Nous, nous n’allons rien lâcher, nous restons mobilisés jusqu’à la mort comme on dit », malheureusement, « quand on voit l’attitude de certains concitoyens, c’est comme si nous n’étions pas leurs frères ou leurs sœurs. C’est un peu l’égoïsme des Algériens», a-t-il lâché avec amertume.
Alors que nous sommes à une poignée de jours de la célébration de l’Aïd el Adha, le Pr Tabti a rappelé avec tristesse : « nous avons perdu des amis et collègues juste après l’Aïd el fitr ». Aussi profitant de la tribune que lui offre Esseha.com pour attirer l’attention de la population « car nous risquons de nous retrouver face à une nouvelle catastrophe s’il n’y a pas de prise de conscience » a-t-il dit. S’il estime que le cœur n’est pas à la célébration « quand on a un voisin, un ami, un parent, un concitoyen décédé à cause de cette pandémie », il a ajouté : « de quel Aïd parle-t-on ? Nous sommes à plus de 1000 morts. Peut-on penser au mouton, aux grillades avec tout ça ? C’est une désolation ». Il ne s’explique pas comment ce même peuple algérien qui est sorti en masse pour soutenir l’EN et célébrer le football n’affiche pas le même soutien envers les médecins et le corps de santé qui lutte pourtant contre un virus qui menace notre santé à tous.
Dans un ultime appel à vigilance, le Pr Tabti a rappelé la nécessité impérieuse de respecter les mesures barrières. Il a aussi exhorté ceux qui s’apprêtent à sacrifier le mouton « de prendre toutes leurs précautions. Essayez d’être corrects avec vous-mêmes et cela voudra dire que vous l’êtes avec vos concitoyens », a-t-il conclu.
Hassina Amrouni

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