Pr Kamel Hail, chef d’unité Covid- 19 au CHU Mustapha Bacha « La seule arme que nous pouvons avoir c’est la prévention »

 

Les équipes médicales et paramédicales au sein des hôpitaux du pays n’ont pas eu le temps de souffler que les cas de Covid-19 sont remontés en flèche, marquant une deuxième vague plus importante que la première. Des chiffres inquiétants alors qu’ils ne concernent que les patients enregistrés au niveau des hôpitaux, nombre de personnes infectées n’étant pas testées.

« Cette recrudescence est due à la baisse de la vigilance de la population qui est pratiquement démotivée » relève Pr Kamel Hail, chef d’unité Covid-19 au CHU Mustapha Bacha, dans une interview à notre journal en ligne Esseha avant de poursuivre : « Quand on sort et qu’on voit ce qui se passe, il y a un minimum de personnes qui portent la bavette, personne ne respecte la distanciation physique ce qui fait qu’on se retrouve actuellement avec cette nouvelle vague ou recrudescence ».

Il fait remarquer qu’il existe une différence entre les cas enregistrés durant la période écoulée, qu’on qualifie de première vague, et les nouveaux cas marquant cette recrudescence. « Ce que nous avons observé ces derniers temps, c’est que nous nous retrouvons avec beaucoup plus de cas sévères par rapport aux mois de mai et juin. C’est vrai qu’à cette période-là, nous recevions énormément de consultants. Les citoyens connaissaient très mal cette maladie, nous faisions, au CHU Mustapha Bacha, plus de 200 consultations par jour. Mais la différence (par rapport à maintenant) c’est que c’était des cas souvent bénins. Nous avons remarqué que cette fois-ci, c’est la population vulnérable qui est la plus atteinte, c’est-à-dire les sujets âgés et porteurs de beaucoup de comorbidités (entendre par là beaucoup de maladies associées). Nous avons constaté aussi que cette maladie fait beaucoup de ravages parmi cette population, et là je tiens à alerter (les citoyens) que nous n’en avons pas encore terminé avec le Covid ».

Pr Kamel Hail fait référence aux pays d’Europe, d’Amérique Latine et à l’Amérique du Nord, où le regain du nouveau Coronavirus fait rage, ce qui l’amène à conseiller la population à plus de précautions, et à ce que les citoyens évitent le relâchement. « Il faut que tout le monde reprenne les bonnes habitudes de protection de porter la bavette systématiquement et bien sûr de respecter la distanciation sociale pour éviter la propagation du virus. Celui-ci est très dangereux, parce que nous avons remarqué que très souvent la population jeune est porteuse du virus sans qu’elle le sache, et la contamination se fait au niveau familial. Nous recevons des personnes très âgées qui ne sont pas sorties de chez elles depuis des mois et lorsque nous posons la question, c’est le déni total. Tout le monde est sûr qu’il n’y a pas de cas de contamination (au sein du domicile familial). C’est là toute la difficulté de cette maladie. Les jeunes sont souvent porteurs du virus sans le savoir et ils le transmettent à leurs parents et ce sont ces derniers qui en pâtissent le plus ».

L’intervenant réitère l’importance des mesures barrières, évoquant l’incertitude quant au dénouement de la situation sanitaire qui prévaut dans le monde et affirmant que « l’avenir est incertain ». « Nous ne connaissons pas ce qui va se passer. On parle de vaccin mais pour le moment, il n’est pas là et on en aura probablement pour des mois avec cette maladie ». Il faut donc miser sur la prévention et le professeur Hail souligne qu’on doit protéger les personnes vulnérables. On doit s’attendre à une hausse des chiffres, dit-il, avec l’ouverture des écoles avec « des répercussions qui se feront sentir dans 10 à 15 jours, voire 20 jours » sans oublier « l’ouverture universités et des mosquées et la reprise sociale. Si nous n’avons pas encore le vaccin, la seule arme que nous pouvons avoir mis à part le traitement thérapeutique pour les personnes qui sont malades, c’est la prévention. Il faut qu’on reste sur l’idée de la protection, il faut faire très attention. Ce virus tue, vous avez vu que les chiffres augmentent et que même les décès augmentent. Protégez-vous pour protéger vos parents » a conseillé Pr Kamel Hail.

Rachida Merkouche

%d blogueurs aiment cette page :