« Le psoriasis a eu raison de ma bonne humeur, de mon assurance et de ma sociabilité »

« J’ai un psoriasis depuis plus de 30 ans. Autant dire que cette maladie, c’est la plus grande partie de ma vie. Vers l’âge de 20 ans, j’ai commencé à avoir des petites plaques sur la paume des deux mains. Le médecin m’a prescrit des dermocorticoïdes qui ont donné de bons résultats, au bout de quelques mois. Je pensais m’en être enfin débarrassée mais j’avais tout faux car la maladie a vite refait surface de façon plus accentuée qu’au départ. J’avais des plaques rouges sur les coudes, ensuite sur les genoux. Les démangeaisons étaient importantes. Les traitements atténuaient les symptômes mais le psoriasis était toujours là. Cela me complexait beaucoup car je ne pouvais pas porter de vêtements qui pourraient laisser voir mes plaques disgracieuses. Quand je me suis mariée, j’avais au départ peur du regard de mon époux mais, très compréhensif, il m’a mise à l’aise et m’a fait comprendre qu’il m’acceptait telle que j’étais. Cela m’a redonné confiance en moi et j’ai donc eu une période assez longue où la maladie m’a donné du répit. Mais j’ai traversé des moments un peu difficiles et là, j’ai vraiment rechuté. Depuis, mon psoriasis a envahi mon corps. J’ai des plaques un peu partout : sur mes genoux, mes coudes, mes jambes, mon cuir chevelu et même un peu sur mon visage. Depuis deux ans, j’ai même des douleurs articulaires (rhumatisme psoriasique). Cette maladie n’a pas été sans conséquences sur ma vie socio-professionnelle. Je ne sors plus comme avant, je fais beaucoup de télétravail. Je ne vais plus chez la coiffeuse car j’appréhende le regard des autres. On a beau se dire que ce n’est pas une maladie contagieuse mais lorsqu’une personne manifeste un dégoût à peine voilé face à votre maladie, vous n’avez qu’une seule envie, c’est de prendre vos jambes à votre cou et de vous enfuir. La maladie a eu raison de ma bonne humeur, de mon assurance et de ma sociabilité. Vivre avec un psoriasis pendant plus de trente ans, ça change votre existence mais pas dans le bon sens. Durant toutes ces années, j’ai essayé plusieurs traitements mais tous demeurent pour moi inefficaces, du moment que la maladie revient au moindre stress, fatigue ou problème. Je suis perdue et fatiguée de me battre tous les jours, sachant que la bataille est perdue d’avance ».
Cherifa, 52 ans.

Propos recueillis par Hassina Amrouni