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« Le chagrin a emporté ma maman »

La fratrie s’est dispersée après le mariage de chacun des frères et de la sœur et c’est Rosa qui a éliminé la distance qui la séparait de sa vieille maman impotente pour s’occuper de cette dernière. Elle avait d’abord loué un petit appartement dans le même quartier lorsque sa mère pouvait encore bouger et accomplir quelques tâches. Rosa se partageait entre son foyer et la maison familiale, une mission quotidienne dont elle s’acquittait pour le bien-être de celle qui lui a donné la vie. Elle s’occupait des repas de celle-ci, de son linge et du ménage et évidemment lui tenait compagnie pendant quelques heures. C’était devenu un rituel et les voisins croisaient chaque jour cette femme dévouée. Mais personne ne pensait à lui demander pourquoi ils n’ont pas emménagé chez sa mère, elle et sa petite famille, au risque de la blesser. On devinait toutefois la raison. Chez certains, il existe une désapprobation tacite des parents ou des frères par rapport à cette question. Mais on accepte bien que la fille ou la sœur se sacrifie pour les siens en quittant chaque jour son foyer, comme dans ce cas pour la vieille mère restée seule. Quand le propriétaire de l’appartement qui a abrité les membres de la famille a voulu récupérer son bien, les frères installés sur l’autre rive de la Méditerranée ont décidé de payer une location à la maman et à la sœur, son mari et ses enfants. La vieille femme est décédée quelques temps plus tard, laissant sa fille inconsolable. « Elle pleurait sans cesse, disant aux voisines qui la rencontraient qu’elle ne pouvait imaginer son existence sans sa mère » raconte ses deux enfants. « Sa douleur était incommensurable, accentuée par le fait que ses frères avaient cessé de payer le loyer une fois notre grand-mère décédé. Elle mesurait l’ampleur de leur égoïsme. Notre maman dépérissait, nous mesurions notre impuissance à la soulager ». Un malheur ne vient jamais seul, dit le proverbe. Rosa a eu fracture du fémur en faisant une chute. « Elle refusait de se nourrir pour que sa couche reste propre. Elle a rendu l’âme 15 jours plus tard, deux mois après sa maman » dit sa fille avec beaucoup de tristesse. « Le chagrin a emporté ma maman. Nous attendions ‘’l’AADL’’, elle n’y habitera jamais ». Rachida Merkouche

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