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La situation sanitaire doit faire partie du discours quotidien à l’école

A la veille de la rentrée scolaire, le Dr Mahmoud Boudarene revient dans cet entretien sur la meilleure attitude à adopter par les adultes (parents, professeurs) pour aider les enfants à reprendre le chemin de l’école. Le psychiatre s’exprime également sur beaucoup de mauvaises habitudes (sommeil perturbé, alimentation déséquilibrée, surexposition aux écrans,)

 

Nous sommes à la veille de la rentrée scolaire pour les trois paliers. Intervenant après une coupure de plus de 8 mois, cette rentrée va être plus stressante que d’habitude en raison de la Covid-19 qui est toujours là. Quelle est la meilleure attitude à adopter par les adultes (parents, professeurs) pour aider les enfants à reprendre le chemin de l’école ?

Enfants comme parents souhaitent que l’école reprenne, les premiers sans doute plus que les seconds. Il était temps. Les enfants s’ennuyaient et les parents subissaient l’ennui de leurs rejetons. Les enfants souffraient du confinement et ceux-ci faisaient souffrir leurs parents. L’impact sur la vie psychique des uns et des autres est certain. Vous imaginez bien que la reprise du chemin de l’école fait l’effet d’un étau qui se dessert. Les parents vont enfin souffler et les enfants vont pouvoir dépenser leur énergie dans des activités structurantes. Il ne faut donc pas faire de la rentrée scolaire une nouvelle épreuve psychologique en ayant peur mais plutôt l’occasion de lever cette contrainte psychologique due au confinement. Il y a bien sûr des précautions à prendre pour éviter la propagation de l’épidémie. Les consignes sanitaires doivent être respectées. Si les enseignants ont un rôle indéniable dans la prévention de la contagion, les parents doivent aussi participer à l’information permanente de leurs enfants. Il y a un travail pédagogique à faire, il doit être fait dans une collaboration étroite entre l’école et la famille. Il est une erreur de croire que les enfants sont imperméables à ce qui se passe autour d’eux et qu’ils sont incapables de comprendre l’enjeu des situations. Ils sont en mesure d’assurer leur propre sécurité dès lors qu’ils ont des informations claires. Parents et enseignants doivent également savoir que les enfants sont poreux aux émotions des adultes et qu’ils « boivent » goulûment l’angoisse de ceux-ci. Ces derniers – parents et enseignants – doivent tout le temps avoir un ascendant sur leurs craintes et le contrôle leur frayeur afin de ne pas les communiquer aux enfants. Si cela est bien compris, alors tout ira bien.

 

Parents, élèves et professeurs devront appliquer strictement les gestes barrières pour éviter la contamination. Est-ce que les professeurs doivent justement évoquer la situation sanitaire inquiétante que nous vivons ou laisser cette tache aux parents ?

Les mesures barrières doivent être comprises par l’enfant comme la garantie pour sa santé et pour celle de ses frères et sœurs, et ses parents. C’est l’enjeu et, je viens de le dire, l’enfant est capable d’intégrer cette donnée et d’en faire un objectif. Mais il faut en parler simplement et de la façon la plus intelligible possible afin que le message soit bien compris. De ce point de vue, Parents et enseignants doivent « accorder leurs violons », et s’ils ne délivrent pas exactement les mêmes informations, celles-ci doivent être complémentaires, en tout cas elles ne doivent pas entrer en conflit ou être contradictoires. L’épidémie covid n’est pas un tabou, c’est une maladie virale hautement contagieuse qui n’est pas honteuse. Les parents comme les enseignants – qui sont aussi des parents – doivent entendre les choses ainsi et les faire entendre aux enfants de la même façon pour que ceux-ci en parlent sans en avoir honte, entre eux et avec leurs parents ou avec les enseignants. La situation sanitaire doit être non seulement évoquée mais elle doit faire partie du discours quotidien à l’école, quitte à ce que les enseignants prennent quelques minutes tous les matins ou en fin de journée pour répéter aux élèves les consignes de sécurité à appliquer. Il faut que cette situation soit perçue par les élèves comme un événement exceptionnel qui peut être contrôlé par leur action (leur comportement quotidien) et en aucun cas comme une fatalité à subir et contre laquelle personne ne peut rien faire.

 

Beaucoup estiment que les enfants sont moins angoissés et moins affectés par cette crise sanitaire que les adultes. Est-ce que vrai ?

Cela est vrai d’une certaine façon, dans la mesure ou les enfants manifestent plus de résilience que les adultes. Ils sont en effet capables de s’adapter aux situations nouvelles sans trop de perte d’énergie psychique. Toutefois, cette résilience n’est pas inépuisable et leur apparente étanchéité psychique peut-être mise à l’épreuve si les adultes (les parents notamment) manifestent eux-même un sentiment d’insécurité face à l’événement, ici l’épidémie. L’anxiété est contagieuse, celle des parents à plus forte raison si ces derniers expriment de trop grandes frayeurs. Cela ne peut pas ne pas affecter les enfants, en particulier si la peur s’est emparé de toute la communauté. Dans ce cas, les barrières psychologiques de l’enfant ne résistent pas, l’émotion des adultes fait effraction dans sa vie psychique ; son sentiment de sécurité s’effondre, il s’angoisse à son tour. C’est pourquoi, les parents comme les enseignants doivent exercer à chaque instant le contrôle sur leurs émotions. Ce n’est pas toujours évident, bien sûr, mais cela n’est pas impossible dès lors que les adultes font preuve de rationalité en faisant le choix de s’informer eux-même de la meilleure façon sur cette épidémie.

 

Les enfants ont pris beaucoup de mauvaises habitudes durant ces longs mois (sommeil perturbé, alimentation déséquilibrée, surexposition aux écrans,…). Comment les aider à retrouver un rythme « normal » ?

Les enfants n’ont pas pris de mauvaises habitudes, ils ont juste pris des habitudes en harmonie avec une période de vacances particulière, si je peux formuler les choses ainsi. Le retour à l’école est en quelques sortes un retour à une vie rythmée par les rituels propres à la scolarité. Je pense qu’il n’y aura pas de difficultés à reprendre ce rythme, en tout cas pour la majorité des élèves. L’horloge biologique se remettra en route et les enfants dormiront à l’heure et se lèveront à l’heure pour rejoindre les bancs de l’école. Quelques-uns éprouveront de petites difficultés mais ils s’y feront. Certains auront de vrais problèmes mais pour ceux-ci l’épidémie n’aura été que le révélateur. J’ai évoqué à plusieurs reprises cette notion de résilience, je pense qu’elle se manifestera aussi dans cet aspect particulier de la reprise du rythme de l’activité. Bien sûr, je dois nuancer un petit peu mon propos pour tout de même dire que les enfants qui ont gardé un relatif rythme de sommeil et d’activité recommenceront plus facilement à étudier que ceux qui ont été « laissé en roue libre » par les parents et qui ont usé et/ou abusé par exemple des réseaux sociaux et de jeux sur l’Internet. Les cyberaddictions existent, notamment chez les enfants et les adolescents. Les parents ne doivent pas détourner leur regard de cette réalité et faire attention à ce que font leurs enfants.

Tinhinane B

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