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La fibromyalgie : une affection mal comprise

La fibromyalgie n’est ni une maladie psychiatrique ni une maladie imaginaire. C’est une affection neuro-rhumatologique pouvant être très invalidante. J’écris ce texte car de nombreux fibromyalgiques viennent consulter pensant que les fortes douleurs chroniques qu’ils ont ,sont en rapport avec une maladie occlusive vasculaire alors qu’elles ne le sont pas. La fibromyalgie est un syndrome fréquent (environ 2 % de la population) touchant le plus souvent les femmes (80 %) plutôt que les hommes (20 %). Elle atteint principalement la femme jeune ou d’âge moyen(20-50 ans). Les enfants sont rarement atteints.

A .LE DIAGNOSTIC DE LA FIBROMYALGIE repose :

-Essentiellement sur la présence d’une DOULEUR diffuse, chronique ou survenant par poussées, évoluant depuis plus de 3 mois, allant de la tête au pied et latéralement à gauche et à droite du corps. La douleur peut être intense(hyperalgésie), touchant les muscles, les tendons ou les ligaments. La douleur est ressentie comme une brûlure, une contracture ou une décharge électrique. Il y a une sensibilité anormale à la moindre pression normalement non douloureuse chez une personne normale(allodynie). L’association allodynie et hyperalgésie est caractéristique de la fibromyalgie.

-S’y associe constamment une fatigue physique profonde durant toute la journée et un sommeil très perturbé non réparateur.
-Maux de têtes, colon irritable, syndrome des jambes sans repos, hypersensibilité aux bruits peuvent s’associer aux douleurs

-la fibromyalgie ,par la persistance des douleurs,se complique assez souvent de dépression et d’anxiété conduisant à un vrai handicap psychique.

– Il n’y a pas ,en principe, d’aggravation de la symptomatologie à long terme. Les malades ont tendance à voir de nombreux médecins et le diagnostic n’est parfois posé que de longues années après le début des troubles.

-La fibromyalgie ne met pas en jeu le pronostic fonctionnel ni le pronostic vital mais l’intensité et la persistance des symptômes rend la vie du malade difficile et épuisante

-Il n’y a aucun biomarqueur pour confirmer le diagnostic de fibromyalgie .Il faut vérifier un certain nombre d’examens biologiques pour éliminer des diagnostics différentiels tels la polyarthrite rhumatoide,la spondyloarthrite,le lupus érythémateux ou le syndrome de Sjögren ,pathologies qui peuvent,elles mêmes, se compliquer de fibromyalgie.

 

B.QUELLES SONT LES CAUSES DE LA FIBROMYALGIE ?

Il a été incriminé une production excessive de cytokines inflammatoires par les muscles,une anomalie du microbiote(flore intestinale),un dysfonctionnement hormonale ou neurologique,une infection virale,la maladie de Lyme, un facteur génétique à l’origine d’une hypersensibilité à la douleur,un stress intense ou un accident grave, un trouble métabolique de la substance P qui diminue le seuil de perception de la douleur.La personne fibromylagique a souvent un caractère psychologique soit centré sur le catastrophisme et/ou centré sur le perfectionnisme(personnalité de type A)

 

C.QUELLES SONT LES MESURES THERAPEUTIQUES ?

1.La lutte contre la douleur est fondamentale. Les analgésiques, tels que le paracétamol,la codéine et le tramadol peuvent avoir un effet favorable mais leur utilisation ne doit pas être continue. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont parfois prescrits mais sur une courte durée car en utilisation longue, ils peuvent être à l’origine d’effets secondaires parfois très graves. Les morphiniques seront évités car ils entrainent une accoutumance et deviennent délétères à long terme.La Lidocaine,un anesthésique local, peut ,de temps en temps être injectée sur un point très douloureux. Un anticonvulsivant comme la prégabaline,les antidépresseurs comme la duloxétine ou l’amitryptiline prescrits à faible dose,agissent contre les douleurs et améliorent le sommeil et sont donc largement recommandées contre la fibromyalgie. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) américaine a validé la prescription de la prégabaline et de la duloxétine dans la fibromyalgie,ce qui n’est pas le cas de l’Agence européenne des médicaments (EMA)
Des compresses chaudes appliquées sur les points douloureux constituent un adjuvant thérapeutique intéressant. La neurostimulation transcutanée sur les zones douloureuses a une certaine efficacité.
La stimulation antalgique transcrânienne et « les nouvelles classes thérapeutiques avec notamment des anticorps contre certains neuromédiateurs de la douleur » sont des thérapeutiques récentes en voie de validation

2.L’activité physique progressive en aérobie (marche soutenue,vélo,natation en eau chaude etc..) est un élément thérapeutique incontournable.Elle permet de remettre la personne fibromyalgique dans une vie active de reconstruction physique et psychique. Les arts martiaux (tai-chi),le Qi gong et le Pilates sont conseillés par certains médecins rééducateurs.

3.La rééducation fonctionnelle est efficace lorsqu’elle est bien conduite. Les méthodes les plus indiquées sont la kinésithérapie en piscine, les massages, les étirements des muscles douloureux durant 30 secondes et répétées plusieurs fois par jour,le stretching . Les séances doivent être de courte durée et non douloureuses. Toutes les sociétés savantes internationales recommandent l’activité physique adaptée et la rééducation fonctionnelle dans la traitement de la fibromyalgie, les considérant comme la prise en charge de premier choix.

4.La balnéothérapie et les cures thermales :la chaleur améliore la qualité de vie et diminue l’intensité des symptômes

5.La thérapie cognitivo-comportementale a un réel intérêt .Elle a pour but de supprimer les perceptions négatives liée à la maladie

6.Les techniques de relaxation permettent de lutter contre l’hypersensibilité aux stress :méditation, sophrologie, auto-hypnose,training autogène,musicothérapie

QUE CONCLURE ?

Une personne fibromyalgique n’est pas une psychopathe. Les douleurs sont réelles et handicapantes. Une éducation thérapeutique de la patiente est nécessaire dans le but de la réduction des stress, de la conviction que l’affection n’est pas mortelle, qu’elle ne conduit jamais au fauteuil roulant et qu’elle n’a aucun lien avec une pathologie vasculaire grave.

 

Professeur Bouayed Mohamed Nadjib, spécialiste en chirurgie vasculaire et endovasculaire, médecine vasculaire et échodoppler.

-Ancien Chef de service de chirurgie vasculaire à l’hopital d’Oran.

-Membre de l’Académie Française de Chirurgie

-Président de l’Association de Chirurgie Vasculaire d’Oran (ACVO)

 

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