Journée mondiale de la santé mentale

Aujourd’hui, 10 octobre, journée mondiale de la santé mentale. On commémore, on échafaude des plans, on jure que l’on va mieux s’occuper de ces pauvres malades…
Et puis on oublie.
Demain sera un autre jour, une autre commémoration.
Mais ce n’est pas ainsi partout, je veux dire dans tous les pays du monde.
C’est ainsi uniquement dans les pays où on oublie que la santé mentale est aussi – avant tout (?) – une affaire de sentiment de sécurité.
Comme dans le notre notre, de pays.
Le sentiment de sécurité est important dans la construction de notre système de croyances internes, et sans celui-ci, nous sommes rongés de l’intérieur par la crainte.
La vie nous fait peur et si la vie nous fait peur, alors nous serons tout le temps en souffrance et nous ne goûterons jamais au bonheur.
La santé s’en trouve alors affectée, la santé mentale en particulier mais aussi la santé physique – c’est selon.
Vous pouvez imaginer la souffrance qui est générée par le manque de sécurité affective chez l’enfant et l’adolescent et le manque de sécurité chez l’adulte quand celui-ci est menacé dans sa souveraineté morale et sa liberté.

Quand il est persécuté pour ses idées ou parce qu’il n’est pas d’accord avec les maitres du moment.
Le manque de démocratie est une forme d’insécurité, ce que nous vivons dans notre pays depuis toujours.

On peut se poser la question de savoir ce que signifie vraiment ce concept de santé mentale et si celui doit se concevoir dans l’absolu ou être mis en relation dialectique avec la vie de tous les jours et bien sûr avec l’existence ou non du sentiment de sécurité.
Je pense, en ce qui me concerne, qu’on ne peut parler de santé mentale et des moyens d’agir pour la sauvegarder sans inscrire ce concept dans la vie en général et dans la vie politique national en particulier.

De ce point de vue, la souffrance des jeunes algériens et leur désir de s’en extraire en s’évadant de ce pays, au risque d’y laisser la vie, est l’exemple le plus édifiant de ce sentiment d’insécurité.

Ils ont peur pour leur avenir, la harga leur parait moins dangereuse que l’avenir qui se profile à l’horizon en vivant dans leur pays.
Certains diront qu’ils ont perdu la raison.

Oui, d’une certaine façon, mais est-ce de la folie de vouloir fuir la souffrance qui leur est infligée quand l’action peut ouvrir des perspectives même au risque de perdre la vie.
N’est-ce pas ce que font les opposants politiques aux régimes totalitaires? Ne prennent-ils pas de risques graves à dire non quand la liberté est menacée.

Cela s’est également vu dans notre pays, des personnes ont perdu la vie pour sauvegarder leur dignité.
Est-ce que leur santé mentale était pour autant altérée?
Alors que peux faire une journée commémorative pour la santé mentale quand le sentiment de sécurité n’est pas?

Continuez à vous protéger, le virus est toujours là.

Docteur BOUDARENE Mahmoud
Psychiatre
Docteur en Sciences Biomédicales

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