« J’ai caché ma myopie pour ne pas porter des lunettes et par peur des moqueries »

« Il est vrai que la génération actuelle communique mieux avec les parents mais il s’en trouvera toujours qui, parmi les enfants, ne saura pas s’exprimer et se retiendra à ses dépens comme cela a été mon cas ». Malek, sexagénaire, avoue avoir caché sa myopie pendant des années du fait qu’il avait peur des moqueries de ses frères et de ses camarades de classe et de son quartier s’il venait à porter des lunettes. C’est en ex cours moyen 1, à l’âge de 11 ans, que le petit élève qu’il était avait remarqué une baisse de son acuité visuelle. « C’était, certes, une légère baisse, mais je peinais quand même à recopier les leçons que l’enseignant écrivait sur le tableau. Je devais me lever de mon banc et avancer un peu pour mieux voir, et au lieu d’avertir mes parents, celui-ci s’est énervé un jour et m’a tiré l’oreille tout en me demandant de rejoindre ma place ». Malek affirme avoir laissé passer plusieurs années sans rien dire à sa famille et en éprouvant toujours du mal dans ses études. « Il était hors de question que j’en parle, je voyais à quoi étaient exposés les enfants qui en portaient et il faut dire qu’ils n’étaient pas nombreux, c’est à croire qu’il y en avait qui pensaient comme moi et n’en parlaient pas. En plus, je dois l’avouer, je pensais en mon for intérieur que mon père ne pourrait pas me payer une paire de lunettes du fait qu’il subvenait seul à une famille de 13 personnes, y compris ses parents ». Le sexagénaire a fini par constater que ses résultats scolaires s’en ressentait, sa vue ayant faibli un peu plus. « C’est plus tard que j’ai compris qu’il s’agissait d’une myopie évolutive. J’avais plus de mal, au fil des années, à déchiffrer l’écriture sur le tableau et je devais me pencher sur mes livres, et mes résultats baissaient, moi qui étais un bon élève ». Il affirme avoir fini par se rendre à l’évidence qu’il devait en informer ses parents alors qu’il était en ex 5ème   (2ème année d’enseignement moyen) et s’il voulait suivre le train de sa scolarité convenablement. « Aujourd’hui, je regrette d’avoir perdu toutes ces années et je déplore l’attitude passive des enseignant(e)s. C’est pour cette raison qu’il est important que cette corporation soit attentive aux problèmes touchant leurs élèves. Ils sont témoins de la détresse de certains d’entre eux, qu’ils les aident ».

Rachida Merkouche  

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