Entre le devoir d’assister à des funérailles et celui de se protéger du Covid-19

« Je n’ai pas pu me rendre à un enterrement, j’avais sérieusement une appréhension quant à la promiscuité avec le nombre de personnes qui seraient présentes dans le domicile du défunt ». Farida affirme se sentir bien gênée pour avoir raté – volontairement- les funérailles du beau-père de sa cousine, craignant que cette dernière lui en veuille. « Quand elle m’a appelée, j’ai d’abord pensé au soulagement que la mort a apporté à cet homme qui souffrait depuis des années. Il était alité parce que paralysé, il se réveillait la nuit et hurlait ».

Le malheureux sexagénaire a vécu une partie de sa vie dans cet état, il en voulait au monde entier et le faisait savoir en criant. « Je me suis dit qu’il va de soi que c’est une délivrance. Mais j’ai pensé aussi, par rapport au Covid-19, aux possibles conséquences du contact entre les personnes présentes dans un espace clos et de surcroît exigu. J’étais face à un dilemme, y aller ou ne pas y aller. Qui peut savoir si quelqu’un est porteur du virus ? » Farida n’était pas la seule finalement à se retrouver dans cette situation d’appréhension, ses proches étaient eux aussi inquiéts. « Un de mes frères m’a appelée et m’a mise en garde contre le danger qui guette tous ceux qui ne prennent pas de précautions. En cette troisième semaine depuis le début de l’épidémie dans notre pays, on ne peut pas fermer les yeux sur le fait que les lieux de rassemblement peuvent favoriser la contamination. La propagation est entrain de se faire trop rapidement, la crainte de m’exposer à un risque a été la plus forte ».

Nadia Rechoud