Dr Younes Moualek à propos des malades et du jeûne : « Il faut aborder la problématique sous l’angle du malade dans sa globalité »

Les vertus du jeûne, les malades et le jeûne, deux points abordés par le docteur Younes Moualek, médecin interniste et président de l’Association des internistes libéraux algériens (AILA). S’adressant aux citoyens à travers notre journal en ligne Esseha.com et soucieux de leur apporter des précisions sur des sujets, Dr Moualek commence par énumérer les bienfaits thérapeutiques de l’observance du jeûne. « Beaucoup de constatations ont prouvé que le jeûne apporte des bénéfices à la santé à plusieurs égards. D’abord, il met au repos certains de nos organes internes et nos viscères qui ne s’arrêtent pas de travailler. Il met au repos le système cardiovasculaire en ralentissant la fréquence cardiaque et en faisant baisser la tension. Il met au repos le système digestif en diminuant la sécrétion acide (…) ».

Le spécialiste évoque également le rôle du jeûne dans la fonction de détoxification et de détoxication à l’échelle de l’organisme en général comme il le souligne. « En s’alimentant, on reçoit les nutriments mais aussi des toxines, surtout actuellement avec l’alimentation par les produits industriels qui sont bourrés de produits toxiques pour la santé, qui circulent dans le milieu l’intérieur et que l’organisme s’acharne à épurer et à éliminer. Pendant le jeûne, les émonctoires, donc les organes qui sont spécialisés dans cette détoxication, le foie, les reins, les poumons, le colon, le pancréas et la peau vont travailler mieux et plus à partir du moment où il n’y a pas d’apport exogène de toxines supplémentaires. Ils vont nettoyer encore mieux le corps de ses toxines ».

Nos cellules tirent également profit du jeûne puisque cette pause observée par rapport à l’ingestion de la nourriture leur permet de se renouveler. Il s’agit de détoxification cellulaire ou d’autophagie, un mécanisme qui a été découverte il y a 50 et qui a été développée par un universitaire japonais spécialiste en biologie cellulaire (Yoshinori Ohsumi) dont les travaux lui ont valu le prix Nobel de médecine et physiologie en 2016, comme l’indique Dr Moualek. « La cellule s’auto nettoie, grâce à des enzymes, elle va se débarrasser de tous les constituants qui sont périmés, qui ne sont pas fonctionnels, qu’elle va recycler à des fins énergétiques et à des fins de reconstruction de ses propres composants et le jeûne va encourager ce processus de recyclage ». Le troisième aspect sur lequel est intervenu Dr Moualek concerne les retombées bénéfiques du jeûne sur le système immunitaire. « Valter Longo (gérontologue italo-américain et professeur de biologie spécialisé en biologie cellulaire et en génétique ndlr) a fait des travaux dans ce domaine notamment (ce qui se passe) au cours du jeûne prolongé. Il a démontré que le jeûne va régénérer le système immunitaire ».

En résumé, celui-ci « nettoie l’organisme et renforce les défenses immunitaires » affirme le spécialiste qui en vient aux problèmes des malades pendant ce mois. « Qui peut jeûner et qui ne doit pas jeûner ». De manière générale, « celui qui est malade est dispensé du jeûne et le rattrape éventuellement plus tard. Seulement, il y a maladie et maladie. (…) Il ne faut pas aborder la problématique sous l’angle de la maladie, mais sous l’angle du malade dans sa globalité ».

Le problème concerne donc les personnes souffrant de maladies chroniques. Et là, souligne Dr Moualek « il faut distinguer le malade qui est atteint d’une maladie chronique et qui est valide, qui est solide, du malade fragile, surtout quand il n’y a pas qu’une seule maladie. C’est cela qui constitue un facteur limitant et une dispense au jeûne du Ramadhan. Parmi les maladies chroniques, la plupart sont compatibles avec le jeûne, pourvu que le malade ne soit pas multi-taré ».

Il fait savoir que « quelques maladies chroniques sont cependant incompatibles avec le jeûne » à l’exemple du diabète de type 1, les maladies neuromusculaires dégénératives, les maladies infectieuses cachectisantes (avec perte de masse corporelle), des obésités morbides », indiquant que les personnes atteintes de ces maladies « sont dispensées d’office du jeûne du Ramadhan ».

Il y a toutefois une question qui revient à l’approche de ce mois par des personnes qui ont un diabète de type 2 et celles qui sont hypertendues, deux pathologies très répandues au sein de la population comme le mentionne Dr Moualek qui précise que cela dépend de l’état du malade et que cela relève de l’avis de son médecin traitant.

Rachida Merkouche

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