Dr Mohamed Yousfi : « Nous attendons toujours que la tutelle nous renforce en médecins résidents et en généralistes »

Capacité d’accueil des patients, manque de médecins et demande non satisfaite à ce jour par le ministère de tutelle, retards quant aux résultats des tests de Covid-10, c’est un état des lieux inchangé que décrit au journal en ligne Esseha le docteur Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik, au sein de cet établissement. « La situation à l’hôpital de Boufarik est la même. Nous avons toujours 75 lits dédiés aux cas suspectés de Covid-19 et depuis près d’un mois et demi, ces derniers sont malheureusement tous les jours occupés. Les résultats des tests tardent parfois à nous parvenir et avant qu’ils arrivent, les malades quittent l’hôpital et d’autres patients les remplacent le même jour. En raison du manque de places, nous orientons certains d’entre eux vers d’autres établissements de la wilaya de Blida » précise Dr Yousfi qui indique qu’il existe la même pression au sein de l’hôpital de Boufarik que celle qui prévaut depuis le début de la pandémie, sur la même équipe qui est à pied d’œuvre et en dépit des appels en direction de la population pour une meilleure compréhension de la situation. Cette pression s’explique aussi, selon notre interlocuteur, par le fait que les demandes pressantes à la tutelle pour un renforcement de l’équipe par des médecins résidents et des généralistes demeurent sans écho. « Nous en avons parlé avec le ministre de la Santé le jour de sa visite à Blida, mais on nous a envoyé un seul médecin généraliste alors que nous en avons réclamé plusieurs. Ici, nous n’avons pas de médecins résidents. Nous n’avons que notre équipe de 13 médecins, et actuellement deux d’entre eux ont été testés positifs au Covid-10 et un autre a fait un accident de la circulation. Ce qui fait que maintenant il n’y a que 10 médecins et ce sont eux qui font tout. Ce sont ces infectiologues qui accueillent les malades dans le service des Urgences, avec tout ce que cela suppose comme pression et agressions verbales de la part des citoyens, et parfois même des agressions physiques, ce sont eux qui leurs font des tests PCR et s’il y a des places ils les hospitalisent ». Une grande charge pour cette équipe réduite d’infectiologues qui sont aux urgences et dans les services Covid-19, au chevet des patients, comme le souligne Dr Yousfi qui met l’accent sur les deux problèmes auxquels est confronté l’hôpital de Boufarik : le manque de places pour les cas suspects, les 75 lits disponibles étant occupés en permanence, et le non renforcement de cette équipe qui entame son sixième mois d’activité depuis le 29 février dernier. « Il ne faut pas qu’on oublie que les deux premiers cas de Covid-19 enregistrés en Algérie ont été pris en charge ici à l’hôpital de Boufarik. Depuis cette date, c’est la même équipe qui travaille, nous n’avons pas été aidés et nous sommes parvenus à un état d’épuisement énorme ». Une situation qui, dit-il, a été à l’origine de « trois ou quatre accidents de la circulation, sans conséquences graves heureusement, un seul médecin étant en arrêt de travail comme je l’ai souligné ». Sans compter les membres du personnel de santé qui ont été contaminés par le virus comme les infirmiers, les surveillants médicaux et les agents de salles qui sont hors service comme il l’indique. Ce qui l’amène à insister encore une fois sur la nécessité de renforcer le personnel de santé en activité depuis le début de la pandémie. « Nous en avons fait la demande au directeur de la santé et au ministre, nous souhaitons qu’ils nous apporteront cette aide et qu’ils nous renforceront, notamment en médecins généralistes. C’est à ce moment seulement que les infectiologues pourront avoir deux ou trois jours de répit ». Un état des lieux pas du tout reluisant si on y ajoute le fait que ces mauvaises conditions de travail se conjuguent à l’état de cet établissement lui-même. « Il ne faut pas oublier que nous travaillons dans un vieil hôpital construit en 1872. Le ministre l’a visité. Il n’est pas comme ceux d’Alger, de Blida et des autres wilaya qui ont été entièrement rénovés. Cela fait 25 ans qu’on nous dit qu’il va être restauré, mais rien n’a été fait à ce jour ».
Rachida Merkouche

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