Dr Kahina Mezmar, pédopsychiatre : « Si un enfant est hyperactif, ce n’est pas de sa faute »

Suite à la demande de nombreux lecteurs, le Dr Mezmar revient dans cette émission hebdomadaire avec Esseha sur le thème de l’hyperactivité chez l’enfant ou, comme le désigne, aujourd’hui, les spécialistes : trouble de l’attention, de concentration avec ou sans hyperactivité.
Expliquant ce qu’est le TDAH, le Dr Mezmar fait savoir que « c’est un trouble neurologique qui entraine des difficultés à contrôler et à freiner les idées, ce qui occasionne des difficultés d’attention et de concentration, une bougeotte et des problèmes de gestion de l’impulsivité ». Appelant les parents et l’entourage de l’enfant à être conciliants, elle indique que « si un enfant est hyperactif, ce n’est pas de sa faute, il faut qu’il bouge et c’est lui-même qui va l’exprimer ».
Bien qu’on ne connaisse pas les causes exactes de l’hyperactivité, on sait, en revanche que « la génétique joue un rôle très important dans la transmission de ce trouble », comme le relève encore le Dr Mezmar avant d’ajouter que le TDAH est aussi un « trouble neurobiologique. En fait, notre cerveau sécrète des substances (la dopamine et la noradrénaline) qui nous aident à être attentifs, concentrés. Mais chez l’enfant hyperactif, ces substances sont perturbées et c’est cela qui cause l’hyperactivité », note-elle, avant d’avertir : « il faut, tout de même, savoir que tout enfant qui bouge, qui a des troubles de l’attention ou des difficultés de concentration, n’est pas systématiquement hyperactif. Il se peut qu’il ait un problème médical, psychologique…etc. Il y a, par ailleurs, des enfants qui ont un TDAH qui se manifeste uniquement par un manque d’attention et de concentration ».
Le Dr Kahina Mezmar reviendra sur les principaux facteurs qui aident à reconnaître un enfant présentant un TDAH. Selon elle, « le premier facteur, c’est l’énergie. Quand un enfant est fatigué ou a une surcharge d’énergie, il peut présenter des signes qui se rapprochent de ce trouble. Le deuxième facteur, ce sont les émotions, à savoir que quand un enfant présente une anxiété ou un stress, il peut présenter un tableau ressemblant au TDAH. Le troisième facteur, c’est l’organisation qui se manifeste chez l’enfant hyperactif par un manque de routine. Le cadre familial peut également engendrer ce genre de trouble. Quant à l’hygiène de vie, elle est aussi très importante dans le sens où un enfant qui a une alimentation déséquilibrée, un trouble du sommeil (il ne dort pas assez), un manque d’activité (il ne se dépense pas), ou bien s’il passe trop de temps face à un écran, peut développer un TDAH. Enfin, le dernier facteur, c’est la toxicité causée par certains médicaments prescrits à l’enfant », dit la pédopsychiatre. Selon elle, même certaines maladies comme l’hyperthyroïdie peuvent entraîner des comportements ressemblant à l’hyperactivité « mais un bilan sanguin va déterminer qu’il s’agit en fait d’un trouble du fonctionnement de la glande thyroïde », note-elle.
Pour ce qui est des symptômes que peut présenter un enfant hyperactif, le Dr Mezmar fait savoir que ce dernier est « insolent, surtout avec les adultes, il a du mal à se faire des amis ou à les garder, il est excitable, impulsif, quand on lui donne une tache, il ne la termine pas, il pleure facilement et souvent, il ne tient pas en place, même quand on le force à s’asseoir, il bouge constamment, il ne peut rester calme, il est destructeur (casse ses jouets…), il ment, raconte des histoires imaginaires, parle comme un bébé, il est bagarreur (avec ses frères et sœurs, cousins, camarades…), il est désobéissant avec ses parents, ses enseignants, il est très sensible, se sent très vite vexé, il change vite d’humeur. Quand il réclame quelque chose, il veut qu’on la lui donne sur le champ, sinon il pleure, tape sur tout, il est distrait, a des difficultés d’apprentissage, fait des crises de colère et d’impulsivité, il a souvent des difficultés à attendre son tour ou à planifier la fonction exécutive ».
Face à ce tableau peu réjouissant, le Dr Mezmar se veut néanmoins rassurante, en indiquant que « face à ce problème, il y a des thérapies cognitivo-comportementales. C’est-à-dire qu’on va changer de comportement avec notre enfant, en adoptant un ton calme, en le regardant dans les yeux en lui parlant et en lui faisant à chaque fois répéter ce qu’on lui dit », a-t-elle notamment préconisé.
Bien qu’il y ait un traitement médical prescrit en Algérie aux enfants présentant un TDAH, le Dr Mezmar dit « respecter l’avis des parents qui ne veulent pas de médicaments mais qui préfèrent corriger le comportement de leur enfant grâce aux thérapies ».
Enfin, elle conseillera aux parents de privilégier les activités éducatives, la lecture et de limiter voire de bannir les écrans, sources de troubles divers.
Hassina Amrouni

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