Décès du Pr Jean-Paul Grangaud : Sommité de la médecine pédiatrique en Algérie

La Covid-19 continue de faucher des vies. Aujourd’hui, le Pr Jean-Paul Grangaud, une sommité de la médecine pédiatrique en Algérie, succombait à l’âge de 82 ans, après sa contamination par le virus.
Né à Alger en 1938, Jean-Paul Grangaud a grandi dans le quartier de Hydra. Toujours proche des Algériens, il avait noué durant sa jeunesse des amitiés aussi solides que sincères avec des membres des scouts musulmans et, à l’époque où il était interne des hôpitaux (entre 1961-1962), il n’avait pas hésité à fournir à des amis du FLN des médicaments et des poches de sang, subtilisés à l’hôpital. Ces liens très forts noués avec ses frères algériens l’amèneront d’ailleurs, à faire des choix décisifs dans sa vie et sa carrière. En effet, lorsque ses parents décident de quitter l’Algérie en 1962, Jean-Paul Grangaud, qui n’a alors que 24 ans, choisit de rester.
Après la résiliation de son sursis, des amis Algériens lui déconseillent d’être insoumis alors que l’indépendance est pratiquement acquise. Il passe donc son service militaire et se bat pour se faire affecter à Alger. De retour à la vie civile, il reprend ses études mais il hésite entre devenir médecin ou biochimiste comme son père. Il passe donc l’assistanat dans les deux spécialités avant d’opter pour la pédiatrie. « La mortalité infantile était très grande et en voyant ces petits enfants qui souffraient je voulais les aider à s’en sortir, par amour du pays : il y avait tellement d’enfants et tous n’avaient pas les mêmes chances », a-t-il confié un jour, pour expliquer ce qui a déterminé son choix.
Devenu agrégé en 1970, il se consacre pleinement à son métier, porté par ses grandes qualités humaines. S’attelant au développement de la médecine pédiatrique en Algérie, il monte le service de pédiatrie de l’hôpital de Beni-Messous et en devient chef de service. Se souvenant de cette époque, il confie avec émotion : « Nous allions sur le terrain – c’était pour nous le plus important -, à la périphérie où les gens ne voulaient pas aller, c’est sur le terrain que nous apprenions beaucoup de choses, ils le disent encore aujourd’hui. Beaucoup de pédiatres d’aujourd’hui sortent de cette formation. Les gens étaient très contents de ce que l’on faisait pour eux du côté médical, et du côté des patients, on avait de bons résultats, des progrès considérables ont été faits… ». Il se consacre par la suite à la formation d’un nouveau centre de pédiatrie à Aïn-Taya. Toujours sensible à une bonne prise en charge des malades, il sera derrière l’introduction de la médecine ambulatoire et l’hospitalisation des enfants avec leurs mères, ce qui entraîne une réduction considérable du nombre de décès infantiles.
Durant la décennie noire, Jean-Paul Grangaud -qui a obtenu la nationalité algérienne en 1968- choisi encore une fois de ne pas quitter l’Algérie. En 1996, il est nommé Directeur de la prévention au ministère de la Santé, tout en poursuivant ses activités hospitalières. C’est à cette époque qu’il lance, en dépit d’une situation sécuritaire délétère et de grandes difficultés économiques, la campagne nationale de vaccination contre la rougeole. Une décision audacieuse qui s’avèrera payante.
Malgré son départ en retraite, le Pr Grangaud est demeuré un exemple et une référence pour de nombreux étudiants en médecine ou jeunes médecins. Son message pour eux était qu’: « il faut travailler, avoir des objectifs qui soient remplis, être content de ce que l’on fait. Les gens doivent lire davantage, prendre les expériences des uns et des autres».
Kamir B.

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