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Covid-19 : Redéfinir l’idée de traumatisme pour comprendre la situation des victimes

Psychologues et psychiatres sont à pied d’œuvre, à travers le monde, pour connaître les répercussions du Covid-19 sur la santé mentale. La peur de contracter le virus, la rupture (momentanée) des liens familiaux et sociaux ainsi que l’isolement ont un impact considérable sur le moral.Mais ce sont les personnes qui ont été infectées par le virus qui sont le plus touchées sur le plan psychologique, notamment les patients hospitalisés.

Si les conséquences qui marqueraient les malades du Covid-19 restent encore à déterminer, les psychologues et les psychiatres n’écartant pas le fait que ces derniers pourraient subir des préjudices moraux durables, il n’en demeure pas moins que les dommages immédiats sont palpables.

En plus d’être une épreuve pour eux sur le plan physique, c’en est une également pour leur équilibre psycho émotionnel « profondément bouleversé » par ce virus « avec sa panoplie de symptômes », comme l’ont constaté des spécialistes.

« La situation sanitaire actuelle est une situation inédite et traumatogène qui peut provoquer des symptômes de stress post-traumatique. (…) La crise liée à cet agent pathogène nous confronte directement à la mort, celle des autres et la nôtre. Cela engendre une rupture avec le sentiment d’immortalité que nous avons tous et crée ainsi une intense sensation de fragilité » écrit Priscille Douine, psychologue clinicienne – psychothérapeute dans un travail qu’elle a réalisé sur les effets du Covid-19.

Il est clair donc que a proximité avec la mort est l’un des sentiments les plus traumatisants pour les personnes infectées, surtout celles qui sont hospitalisées.
Dans un article publié sur The Conversation par Cyril Tarquinio et Camille Louise Tarquinio, respectivement professeur en psychologie et doctorante en Psychologie à l’université de Lorraine, le vécu psychologique des patients est décrit avec ses détails et ses répercussions.

« Les problèmes respiratoires (et souvent l’impression d’étouffer), la confrontation aux services des urgences en ébullition, la vision d’autres malades en détresse, l’annonce de décès, les soins intensifs, la mise en quarantaine imposée par la suite, les symptômes physiques qui persistent, le sentiment de ne plus contrôler sa santé et son corps, la conscience d’une médecine qui fait de son mieux, mais qui reste en difficulté pour trouver des réponses et des solutions… Nombreuses sont les épreuves chargées émotionnellement qui se sont accumulées chez les malades sur une courte période (4 à 5 semaines) » expliquent les deux spécialistes qui en arrivent aux conséquences.

« Sans surprise, il en a résulté détresse, angoisse, dépression, voire trouble du stress post-traumatique ».
Ils ajoutent que « du fait de la spécificité de leur maladie, les patients sont donc empêtrés dans un écheveau psychoémotionnel complexe, et aucune stratégie d’évitement n’est envisageable pour s’en sortir ».

Bien évidemment, tous ces effets étudiés sur les malades ont pour résultat de déterminer la prise en charge psychologique. « Ce virus nous oblige à reconsidérer l’idée même de trauma, à le redéfinir pour mieux comprendre la situation des victimes et améliorer leur prise en charge » soulignent-ils.

Rachida Merkouche

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