Covid-19: Epuisée, l’infirmière Racha dépose sa démission

 

Insomnie, épuisement et tristesse : l’état physique et psychique de Racha, jeune infirmière au CHU Ibn Badis de Constantine, a fini par pousser cette dernière âgée d’à peine 24 ans, à déposer sa démission.

«J’ai déposé ma démission pour la deuxième fois, cette semaine, la première m’a été refusée en septembre dernier », confie Racha, la gorge nouée par l’émotion, au journal esseha.com. Et d’enchaîner : « C’est très difficile pour moi de prendre cette décision mais je ne peux plus continuer à travailler dans ces circonstances avec cette deuxième vague de Covid-19 qui fait des ravages dans les hôpitaux notamment.».

En attendant une réponse favorable à sa demande, Racha prend un congé de 10 jours, le premier depuis 8 mois, soit depuis le début de la pandémie de coronavirus et qui prend fin ce lundi 30 novembre.

«L’administration avait, enfin, accepté ma demande de congé mais je n’ai eu droit qu’à 10 jours seulement, étant donné la situation exceptionnelle dans laquelle nous nous trouvons depuis mars dernier », confie- t- elle.

Et de poursuivre : « Mais je n’ai pas pu en profiter. Le stress et les insomnies étaient permanents », confie-t-elle encore.

Cet état d’esprit a été exacerbé par le fait que Racha prenait le soin de s’enquérir quotidiennement de l’état de santé des patients admis au service d’hématologie où elle exerce depuis plus de trois ans.

« J’ai craqué ! Je ne pouvais plus supporter la pression notamment depuis que les cas de contamination au Covid-19 se sont multipliés dans les hôpitaux ces dernières semaines ».

Selon notre interlocutrice, « la contamination est fulgurante, elle dépasse de très loin les capacités du personnel médical ».

«J’ai contaminé huit (08) membres de ma famille »

Ce que redoutait Racha depuis des mois, finira par arriver pendant Aid El Fitr. Huit membres de sa famille seront contaminés par le coronavirus, et elle en était la source.

«J’ai contaminé mes parents, mes frères, mes sœurs et ma grand- mère dont l’état de santé était le plus grave», affirme- t-elle. Et de regretter:« Savoir qu’on est la cause de la contamination de sa famille et que ces derniers pouvaient mourir à tout moment, est le pire cauchemar qu’un être humain peut vivre. On se sent coupable même si on a tout fait pour l’éviter».

Mais selon elle, cette situation aurait pu être évitée si ce n’est les mauvaises conditions de travail et l’environnement exécrable dans les établissements sanitaires, qui existaient bien avant l’arrivée du Covid-19.

« Cette pandémie a permis de révéler à quel point l’importance des failles dans le secteur de la santé.», déclare-t-elle.

« Tout a commencé la veille de l’Aïd El Fitr, où j’ai assuré une garde de 12 heures dans un service Covid-19, sans aucune protection. Le responsable de la garde nous avait informé́ qu’il ne peut pas nous procurer les bavettes, les gants et les tenues de protection puisque c’est un jour férié́. Pendant cette garde, nous avons déploré deux décès.», raconte- t- elle.

En effet, cette nuit- là, Racha a failli y passer, car c’est pendant cette garde qu’elle a été contaminée. Pis, elle a continué́ de travailler alors qu’elle été́ atteinte du virus !

« On a refusé́ de me donner un congé exceptionnel. J’exerçais le métier que j’ai choisi pour aider les patients avec la peur de les contaminés.»

De Constantine, Souheila BETINA.

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