Consommation de nicotine et Covid-19 : «Est-ce qu’il pourrait y avoir un effet protecteur d’avoir de la nicotine qui circule dans notre sang? » s’interroge un expert

La cigarette et le Covid-19 s’invitent régulièrement dans une polémique où s’affrontent ceux qui soutiennent mordicus que les fumeurs sont moins exposés à une infection par le virus et ceux qui disent que le fait de fumer présente plus de risques d’en être contaminé. Nous avons fait part dans ce même espace, au début de la pandémie, d’une étude qui fait ressortir que le virus utilise des récepteurs –baptisés ACE2– qui se trouvent dans les poumons et que lorsqu’il s’agit de personnes qui fument, le nombre des portes d’entrée du virus se multiplie.

Les effets du tabac sur l’organisme sont connus, selon les scientifiques tous les organes sont touchés, dont les poumons. L’étude ne fait pas un lien de façon catégorique entre le tabagisme et le virus Covid-19, mais l’un des membres de l’équipe de recherche a souligné que si les récepteurs des poumons n’ont montré aucune différence au sein de différents groupes selon leur race et leur âge, c’est le cas pour les fumeurs dont les poumons ont plus de portes d’entrée pour le virus.

« Si l’on peut diminuer le nombre de fumeurs, on pourrait quelque part limiter l’apparition de cas très sévères » a-t-il noté. Mais un constat qui a été fait dernièrement par une étude chinoise sur « une faible proportion de fumeurs parmi les personnes infectées par le SARS-CoV-2 » a incité certains scientifiques à penser que la nicotine épargne les fumeurs quant à une infection par le nouveau Coronavirus et même à en faire un objet de recherches. Ces scientifiques pensent que « la nicotine freinerait la propagation du coronavirus à travers l’organisme et donc l’apparition de symptômes plus graves ».

Mais est-ce raisonnable quand on connaît les effets de cette substance sur l’organisme, les principaux risques étant l’augmentation de la pression artérielle et du rythme cardiaque ? D’ailleurs, en France où cette hypothèse a séduit des chercheurs, on s’apprête à fournir des timbres de nicotine au personnel de la santé afin d’en vérifier les effets protecteurs. Ces conclusions quant à l’efficacité de cette substance sur le Covid-19 ont interpellé un expert québécois, Mathieu Morissette, qui se demande s’il existe une logique dans cette démarche. «Est-ce qu’il pourrait y avoir un effet protecteur d’avoir de la nicotine qui circule dans notre sang? » s’interroge-t-il.

L’Organisation Mondiale de la Santé a, de son côté, réagi en indiquant qu’elle « analyse constamment les nouveaux travaux de recherche, y compris les études sur le lien entre le tabagisme, la consommation de nicotine et la COVID-19 », appelant à « la prudence » tous ceux qui s’emparent de ces informations, entre chercheurs, scientifiques et médias. Elle les invite à « ne pas répercuter des allégations non étayées selon lesquelles le tabac ou la nicotine pourraient réduire le risque de COVID-19. Les informations dont on dispose sont actuellement insuffisantes pour confirmer tout lien entre le tabac ou la nicotine et la prévention ou le traitement de la COVID-19 » souligne l’OMS.

Rachida Merkouche

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